Gaudeamus Igitur, Réjouissons-nous!

Le Musée des Rites Etudiants et du Bizutage

Focus sur le Romantisme

#003 Méthodologie à l’étude des rites d’agrégation des étudiants

L’essentiel du développement suivant s’appuiera sur l’ouvrage « Introduction à la philosophie esthétique » de Marc Sherringham [i].

Cet auteur évoque :

« Le romantisme est le fondement de l’esthétique au sens actuel de ce terme. Il apparaît à la fin du XVIIIème siècle dans cette Allemagne qui, pour reprendre le mot de Marx, faisait la révolution dans la théorie à défaut de pouvoir la faire dans la réalité. L’idéalisme allemand, qui en est la première expression systématique, prend son essor alors que la Révolution française bouleverse brutalement, et pour longtemps, l’ordre ancien de l’Europe. »

Toile de Georg Mühlberg (1863-1925)

Qu’il s’agisse de l’Allemagne ou de la France, le Romantisme est apparu en même temps que les corporations d’étudiants au sein des Facultés. Elles se sont enrichies de cette posture. Les liens entre les ritualités étudiantes et les arts sont vraiment très forts, et ne présentent semble-t-il que rarement des liens de causalité. Toutefois, Marc Sherringham précise que :

« l’appréhension esthétique relève de la connaissance »

Et qui détient la connaissance au XIX ème siècle, si ce ne sont les universitaires? Pour Kant,

« la connaissance n’est possible que par l’union de l’intuition sensible et du concept. » « La certitude de la science est donc totale dans le domaine du phénomène, mais elle n’atteint pas la chose en soi, c’est-à-dire l’essence ou la réalité fondamentale du monde, qui n’est d’ailleurs pensable ni comme essence, ni comme réalité. »

Or, le romantisme arrive dans la suite logique des penseurs des deux siècles précédents, et cherche toujours à définir philosophiquement le Beau, qu’ils associeront à l’art, en rejetant le beau naturel. Ainsi s’exprimait Hegel :

« D’après l’opinion courante, la beauté créée par l’art serait même bien en dessous du beau naturel, et le plus grand mérite de l’art consisterait à se rapprocher, dans ses créations, du beau naturel.(…) Mais nous croyons pouvoir affirmer, à l’encontre de cette manière de voir, que le beau artistique est supérieur au beau naturel, parce qu’il est un produit de l’esprit. (…)Le spirituel seul est vrai. Ce qui existe n’existe que dans la mesure où il est spiritualité. Le beau naturel est donc un réflexe de l’esprit. Il n’est beau que dans la mesure où il participe de l’esprit. Il doit être conçu comme un mode incomplet de l’esprit, comme un mode contenu lui-même dans l’esprit, comme un mode privé d’indépendance.

La limitation que nous imposons à notre science n’a donc rien d’arbitraire. Le beau produit par l’esprit est l’objet, la création de l’esprit, et toute création de l’esprit est un objet dont il est impossible de nier la dignité. ».

Les entrechats entre la science et l’art se sont multipliés au fil du temps, et régissent toujours la loi du marché de l’art. Les passerelles entre les sciences humaines et l’art sont pratiquement toujours évoquées à l’heure actuelle, dans les appels à candidature.

Nietzsche fut un théoricien en marge du romantisme, même si, comme le souligne Marc Sherringham, il ne parvient pas à s’en extraire. Pour Nietzsche

« L’existence et le monde ne sont éternellement justifiés que dans la mesure où ils sont un phénomène esthétique ».

La morale, la métaphysique et le christianisme ont pour lui une haine de la vie conduisant au nihilisme. Pour s’en préserver, il conviendrait de faire

« renaître le grand art, et une nouvelle vision tragique du monde qui n’aboutirait pas à la condamnation de la vie, mais au contraire , à son exaltation et à son affirmation absolue. »

« Cette affirmation absolue de la vie (…) suppose la victoire de l’interprétation esthétique du monde. Victoire qui doit se traduire soit dans la tragédie musicale moderne, soit dans la nouvelle religion, celle du Dieu à venir et qui a pour nom Dionysos ou, encore, dans la philosophie de l’avenir qu’annonce Zarathoustra et qu’il faudra forger « à coups de marteau » sur l’enclume du nihilisme. (…) C’est pourquoi le surhomme que prône Nietzsche, le porteur de l’affirmation positive de la Volonté de puissance, ne peut être à son tour qu’absolument artiste : c’est l’homme qui fait de sa vie une œuvre d’art et qui parvient à considérer l’humanité comme la matière première de son œuvre. Cet homme, le « philosophe-artiste », élève l’art à son concept supérieur.


L’œuvre mise en place par l’artiste-auteur commandant RoSWeLL, est emprunte de philosophie. Le terme de « philosophe-artiste » lui conviendrait mieux, d’ailleurs, puisque le terme « philosophe » est placé avant le terme « artiste », ce qui indique bien que c’est la philosophie qui sert de médium à l’artiste pour produire une esthétique sociétale.

En produisant une œuvre élaborée sur une minorité sociale ayant obtenu ses codes par les rémanences de l’Antiquité grecque, orientée pour une connaissance positive du phénomène et de ses enjeux, et témoignant de la potentialité de puissance que ce phénomène social engendre, bien qu’il soit constamment mis à mal, ce sont bien des coups de marteau portés au négationnisme de cette réalité, par l’humour et la joie dionysiaques.

En outre, les surhommes d’aujourd’hui sont souvent affublés de pseudonymes grotesques (spiderman, Batman, Super Dupont, …) et de costumes de fonction dont personne n’aurait l’idée de se vêtir.

Il n’est pas concevable de penser qu’un surhomme puisse exister, et pourtant? Tels sont le travail et la posture de l’artiste commandant RoSWeLL.

Commandant RoSWeLL en tenue de fonction – 2017 – photo : Hikarielle

[i] Marc Sherringham, Introduction à la philosophie esthétique, Petite bibliothèque Payot, 1992, ISBN 2-228-88594-0


[i] Marc Sherringham, Introduction à la philosophie esthétique, Petite bibliothèque Payot, 1992, ISBN 2-228-88594-0

Publicité




%d blogueurs aiment cette page :