Gaudeamus Igitur, Réjouissons-nous!

Le Musée des Rites Etudiants et du Bizutage

La pédagogie des limites

#08 De l’occurrence de Dionysos à travers les rites étudiants

Dionysos/Bacchus est donc un dieu complexe qui n’a pas fini de nous surprendre. Toujours entre deux choses (vie/mort/vie, sagesse/folie, itinérance (Perse, Thrace, Égypte, Inde)/sédentarité de l’agriculture, douceur/sauvagerie, compréhension/intransigeance, masculinité/féminité, proche de l’humain/hors de la Cité, …), c’est un dieu des limites.

Comme le vin à outrance réveille les sentiments enfouis, sa présence par l’exagération révèle les limites véritables, qui sont parfois très éloignées des limites sociales.

C’est la confrontation de l’humain face à lui-même qui est abordée dans son rite, et se connaissant, il sera plus simple de se juger soi-même dans l’au-delà. Sur cette base, c’est l’apprentissage des limites propres à chaque individu qui est interrogé par les rituels étudiants. Avons-nous atteint la connaissance de notre propre potentialité (individualisme) et sommes-nous capables de la faire fonctionner avec autrui (altérité)? Les réponses se révèlent sous deux aspects aussi, puisque le rite permet également de déterminer les personnalités émergentes parmi les nouveaux afin de prévoir la succession de la corporation bizutante.

Scène de rituel en Belgique dans les années 1990

Dionysos/Bacchus est aussi le dieu des arts. Or, depuis l’avènement du romantisme, les artistes se sont bohèmisés en calquant leur mode de vie sur celui des étudiants, déjà bien établi vingt ans plus tôt, comme le révèle Gavarni par ses gravures. La comète que forma le groupe des artistes Incohérents relève de la folie réfléchie des bacchanales, et nombre d’étudiants intégraient ce mouvement. Les Incohérents forment les limites de ce qui deviendra au XXème siècle l’art contemporain, dans lequel la folie fut remplacée par l’hybris.

Un autre dieu prend alors la relève dans le panthéon gréco-romain. Prométhée, ami des hommes pour leur malheur. Il vola le feu et la roue pour les offrir à l’humain. Il distilla la course effrénée pour le progrès et le profit, et joue le même rôle dans son panthéon que le serpent de l’Éden pour Adam et Eve. En leur offrant la connaissance, il condamne les humains à travailler toujours plus pour contenter l’Hybris, pour se croire l’égal des dieux !

En interrogeant Dionysos/Bacchus par les excès, c’est donc bien la modération qui nous est donnée comme réponse. Celle qui nous permet de vivre en humain digne et libre, sans nous croire supérieur à l’autre.

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